Carême dans la Ville 2019

Vidéo Carême dans la Ville 2019

Qui sommes-nous ?

Frère Bernard Senelle

Vivez la semaine sainte avec le frère Bernard Senelle !

Dans vos méditations, vous donnez une portée universelle à notre compréhension souvent étroite de l’Evangile. D’où vous vient cette inspiration ?

De la conviction que nous sommes solidaires de toute l’humanité et que la plus petite action, la plus petite prière a des répercussions qui nous dépassent infiniment. Tout compte aux yeux de Dieu et rien n’est inutile dans son plan de salut.

Vous êtes aumônier du Parlement européen à Strasbourg. Comment vivez-vous cette mission ?  

Comme une chance qui m’est donnée d’approcher et de me mettre au service de personnes et d’une institution très importante pour la paix et la réconciliation des peuples. Je suis toujours ému quand j’entre au Parlement : célébrer une messe en ce lieu, proposer un temps de réflexion aux députés est une grande grâce. Je remercie l’Ordre et l’Église qui m’a confié ce ministère.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

J’ai été très affecté, il y a maintenant plus de vingt ans par la mort des mes deux parents à deux mois d’intervalle. Je crois que ma foi m’a sauvé…. Ma foi, mes frères et mes amis !

Moniales dominicaines, saint Denis de la Réunion

Vous êtes la prieure d’un monastère de moniales dominicaines à Saint-Denis-de-la-Réunion, qu’est-ce qui vous a donné le désir d’être moniale ?

Devenir moniale a été une réponse à un appel plus qu’un désir. Pourquoi moniale ? Pour moi, c’est me conformer au projet d’amour de Jésus sur moi, c’est me donner à lui sans retour ; c’est une ouverture sur le monde, une ouverture au besoin d’aimer davantage et surtout de faire aimer, enfant je disais : « faire connaître Jésus à ceux qui ne le connaissent pas encore ». Je pense que ma vie de moniale est une réponse à ce désir d’enfant, faire connaître Jésus et le faire aimer.

Comment vivez-vous le carême dans la communauté, qu’est-ce que cela change dans votre rythme ?

Les changements ne sont pas très visibles, c’est surtout une plus grande intensité de notre vie monastique, plus de temps consacré à la Parole, nos offices plus intenses, plus priants, la méditation du chemin de croix. Comme nous sommes corps et âme, nous jeûnons pour faire l’expérience du manque qui nous aide à découvrir le besoin de Dieu, celui qui nous donne la vie, qui nous donne tout ce qui nous est nécessaire pour être. Cette année, nous avons mis l’accent sur l’écologie au concret.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvée ?

Je traversais une période difficile, je ne voyais pas comment m’en sortir, il me semblait que plus j’avançais, plus je m’enfonçais dans le noir. Un jour à bout de courage, je me suis tournée vers le Seigneur et j’ai crié : « Seigneur je n’en peux plus, fais quelque chose, toi seul peux me tirer de là. » Confiante, j’ai continué d’avancer et très vite tout s’est débloqué, la lumière s’est faite, fulgurante. Je pense que c’est cette confiance que je lui ai faite qui m’a sauvée.

Frère Dominique Motte

Cette semaine, vous nous proposez un parcours biblique autour de 5 personnages dont deux sont des païens. Que nous apprennent-ils sur Jésus ?

La surprise. Jésus est surpris, décontenancé, admiratif face à eux. Et réciproquement, eux sont aussi changés, bouleversés par l’écoute et l’accueil qu’ils ressentent dans ce Jésus qui passe. Ils ont accès à son amitié, une place s’ouvre en lui pour eux. A chaque fois, c’est l’entrée de quelqu’un de nouveau, quelqu’un qui s’ajoutent à ce que Jésus est. Chacun d’entre eux est un plus pour la conscience, pour la personne de Jésus.

Vous avez vécu plusieurs années en Algérie comme frère dominicain, comment avez-vous vécu votre mission de prêcheur ?

Comme quelqu’un de surpris ! J’étais déjà bien souvent venu en Algérie. La guerre d’Algérie, comme pour beaucoup, a laissé en moi une cicatrice ouverte. Et je crois vraiment que français et algériens, chrétiens et musulmans, nous avons des pages nouvelles à vivre. J’ai travaillé sur les évangéliques et sur les 19 personnes qui ont été déclarés bienheureux. C’était une manière indirecte de m’intéresser à l’Islam et à l’Eglise en Algérie.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

Peut-être parlerais-je des prisonniers politiques au Pérou auprès desquels j’ai travaillé durant 8 ans. J’avais à la fois à ne pas accepter la part de violence qu’il y avait chez certains, qui avaient du sang sur les mains. Et en même temps j’avais à comprendre leur soif de liberté, de justice, même s’ils avaient fait des choix souvent destructeurs. Devant leur attente très forte, il fallait que je puisse à la fois apprécier leur besoin de liberté et de justice et en même temps, je ne pouvais pas pactiser avec eux, j’étais obligé de leur dire non je ne suis pas d’accord. Comme souvent la réalité est ambiguë, elle demande notre accord et notre désaccord et ce n’est pas facile de le penser et de le dire.

Laïcs dominicains

Cette semaine, ce sont des laïcs dominicains qui prêchent. Qu’est-ce qu’un laïc dominicain ?

Un laÏc dominicain est membre d’une fraternité, c’est-à-dire d’un groupe d’une dizaine de personnes, qui se réunissent une fois par mois, pour prier ensemble, échanger sur un texte biblique, un article, un livre, etc., sur lequel ils ont travaillé le mois qui précède et vivre un moment de convivialité : prière, étude, vie fraternelle sont les trois piliers de la vie dominicaine, en vue de l’annonce de l’Evangile. Ils prononcent un engagement d’abord temporaire, puis définitif au sein de l’Ordre.

Six personnes différentes ont écrit les 6 méditations de la semaine. Comment s’est constitué l’équipe ?  

Nous sommes d’horizons très divers, par l’âge, le vie professionnelle, familiale, les engagements dans la société ou dans l’Eglise. Les six laïcs qui prêchent cette semaine viennent des quatre coins de France et même de la Péninsule arabique. L’équipe dit quelque chose de cette diversité. C’est à partir de leurs expériences qu’ils partagent la manière dont a résonné dans leur vie cette phrase de Jésus “ta foi t’a sauvé”.

Quelle est la mission spécifique des laïcs dans la mission de l’ordre dominicain ?

Ce qui ressort de ces six regards c’est la diversité mais aussi la spécificité de la mission d’un laïc dominicain. Il a choisi de répondre à l’appel du Christ, à la manière de saint Dominique, au sein de l’Ordre qu’il a fondé, en complémentarité avec les autres branches, frères et soeurs. Au coeur de sa vie familiale, professionnelle, associative, ecclésiale…  se déploie la Parole de Dieu reçue, vécue et annoncée.

Frère Matthew Jarvis

Le frère Matthew du couvent de Leicester est de nationalité anglaise. Ordonné en 2016, il est vicaire dans une paroisse et engagé dans la mission auprès des étudiants.

 

Dans vos méditations, vous nous parlez des multiples dons que nous recevons chaque jour. Comment faites-vous pour reconnaître ces dons ?

Une joie profonde, même à travers les épreuves de nos vies, est la marque d’un chrétien. C’est une joie fondée sur la foi, c’est-à-dire, la connaissance que Dieu m’aime. Alors, je reconnais les dons par la joie qu’ils provoquent en moi. Ces dons trouvent tous leur source en Dieu, le Donateur par excellence, qui s’est donné lui-même à moi en Jésus. Alors, qu’est-ce qui me donne un élan dans mes tâches quotidiennes ? Ou, qu’est-ce qui fait naître dans mon cœur l’amour ? Ou, comme on dit en anglais, qu’est-ce qui me donne une « joie de vivre ! » Voilà autant de signes d’un don.

Dans votre première méditation, vous parlez de l’influence de C. S. Lewis, l’auteur du Monde de Narnia. Qu’est-ce qui vous a marqué chez cet auteur ?

Je lisais beaucoup C. S. Lewis pendant mon adolescence. J’étais attiré par la clarté de sa pensée associée à une imagination forte. Il a dû défendre sa foi chrétienne (anglicane) dans un milieu intellectuel souvent anti-chrétien. Il me parlait de la moralité objective, de la petitesse du péché, et de la grande aventure de la foi. C. S. Lewis a connu beaucoup de souffrances (il a survécu à la Grande Guerre). Il s’est converti à l’âge de trente ans, à son corps défendant, vaincu par l’évidence de Dieu : « J’ai cédé et admis que Dieu était Dieu. Je me suis agenouillé et j’ai prié : peut-être, en cette nuit-là, j’étais le converti le plus abattu et le plus rétif de toute l’Angleterre. » Petit à petit, il a connu la joie de croire, ce dont il parle dans son autobiographie Surpris par la joie. Sa foi l’a sauvé.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

Je parle dans les méditations des exemples dans ma vie où ma foi m’a sauvé. Chez moi il n’y a pas de grandes épiphanies ou chemin de Damas. La foi m’a toujours accompagné depuis mon baptême, enfant. En grandissant dans la foi, je voyais comment la foi me sauvait tous les jours. Ma foi donnait, et donne encore, un sens à tout. Cette phrase de C. S. Lewis (lui encore) est gravée autour de son mémorial dans Westminster Abbey: « Je crois au christianisme tel un soleil qui se lève : non seulement parce que je le vois, mais parce que par lui, je vois tout le reste. »

 

Frère Jacques Ambec

Entré dans l’ordre en 1968 comme frère coopérateur, le frère Jacques vit au couvent de Toulouse où il accompagne des personnes malades du sida. Il a écrit l’Évangile de la compassion et Vivre l’Évangile avec St Martin de Porrès.

 

Dans vos méditations, vous parlez plusieurs fois de votre vie de religieux dominicain. Dans cette vie, qu’est-ce qui est le plus difficile et qu’est ce qui vous donne la plus grande joie ?

La nature de l’Ordre Dominicains reste liée au sacerdoce et il n’a pas été toujours facile pour moi, frère coopérateur (non ordonné) de trouver sa juste place ; J’assume aujourd’hui pleinement ma vocation ayant trouvé ma fonction dans la communauté par le service de l’accueil à la porterie du couvent, avec les visites des personnes âgées et malades sur notre paroisse et avec l’association SELF auprès des personnes malades du sida.

Vous êtes engagé dans l’association SELF (Sida, Espérance, Lumière et Foi) qui accompagne des personnes malades du sida. Cette mission a-t-elle modifié votre regard ?

Oui, j’apprends tous les jours à ne pas porter un jugement sur ces personnes par l’écoute, l’attention prévenante, la patience pour les accompagner et leur témoigner que malgré leur conduite risquée qui les a faits basculer dans le monde du sida, elles sont dignes toujours d’être aimées comme elles sont, respectées et considérées. Le sida ne juge pas, il tue encore aujourd’hui. Ces personnes malades ne nous demandent pas de la pitié, mais de l’amour.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

Ma plus grande joie que nous partageons avec notre association SELF, quand nous conduisons ces jeunes malades non pas à la mort, mais à la vie avec Dieu et ils s’en vont d’une manière calme et apaisée après un long parcours difficile et beaucoup retrouvent le chemin de la foi. Pour moi, c’est toujours le miracle merveilleux de l’amour, plus fort que la mort. Je pense à Yves qui au début était révolté et au bout de trois ans de lutte et de combat contre le virus il était devenu calme et il est parti apaisé entouré des siens.

 

Frère Charles Desjobert

Le frère Charles Desjobert, Dominicain au couvent de Lyon est le prédicateur de ces premiers jours de carême.

 

Dans votre première méditation, vous parlez de la foi comme un projet fou, pourquoi ?

Toute notre vie chrétienne a quelque chose d’un projet fou. On pourrait s’imaginer que notre foi, c’est grosso modo un oui donné à Dieu et à quelques grandes vérités. Mais la foi est bien plus dynamique qu’une simple signature au bas du texte du Credo. La foi nous est donnée, elle nous traverse de part en part, elle vient de Dieu et nous embarque vers Dieu. Elle nous fait voyager vers des régions inconnues sur un chemin qui, lui, est bien assuré : le Christ. Elle est le projet fou de Dieu sur notre vie humaine : la conduire à la plénitude de la grâce, à la perfection de la Charité. Et tout ça sans nous faire quitter terre. Et là encore, c’est fou.

Vous suivez actuellement des études pour devenir architecte du patrimoine. Comment ce travail prend-t-il place dans votre vocation dominicaine ?

Comme dominicain, je cherche à annoncer Dieu par toute ma vie. Alors mes passions et mes talents peuvent être au service de cette belle mission chrétienne. J’ai fait des études d’archi avant d’entrer dans l’Ordre. Pourquoi ne pas mettre cette passion à profit ? De la physique à la philosophie en passant par la médecine, tout ce qui touche l’homme regarde aussi Dieu. Comment restaurer et faire vivre nos églises ? Par quels moyens bâtir une ville plus humaine ? Qu’est-ce qu’un espace sacré ou un couvent dominicain pour le XXIe siècle ? Autant de questions à approfondir en connaissant mieux notre patrimoine mais aussi autant de façon d’interroger autrement ma foi. Sans parler de l’importance d’aller rencontrer les gens hors de nos sacristies, par exemple dans les différents milieux professionnels que touche l’architecture.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

J’étais l’an dernier en Centrafrique. Nous construisions un couvent dominicain à Bangui. C’était la guerre et la situation devenait de plus en plus volatile. Un matin de mai, un ouvrier du chantier s’approche et me demande : « et si la situation empire, vas-tu partir toi aussi ? » Je n’avais pas trop réfléchi à la question et répondis un peu naïvement : « si mon supérieur me le demande, je rentrerai ». Une manière habile de me défausser peut être. Et lui, de me lancer sans ambages : « tu n’as pas le droit de faire ça ! Tu ne peux abandonner tes frères. » Un choc ! Comme si, à travers ce maçon, Jésus m’interpellait. Il me confiait une mission – demeurer avec mes frères – et simultanément me donnait la force pour l’accomplir. Ma foi était remuée, intérieurement j’étais raffermi, j’étais vivifié et sauvé. Sans peur, je suis resté.