Tu m'as relevé

Vidéo Carême dans la Ville 2018

Qui sommes-nous ?

Frère Adrien Candiard

Après le frère Matthieu, le frère Adrien du couvent du Caire nous invite pendant cette première semaine à méditer sur l’homme créé à l’image de Dieu.
candiard

Dans tes méditations, tu nous proposes un parcours sur ce que signifie être image de Dieu. Est-ce parce que cette qualité de l’homme est propre à la Bible ?

Cette affirmation biblique se retrouve ailleurs, par exemple dans la tradition musulmane. Puisqu’il y est question de l’humanité tout entière, c’est assez rassurant ! Mais toute la question est surtout de savoir ce qu’on met derrière la formule.

Tu vis au couvent du Caire où tu étudie les écrits d’un théologien musulman, pourquoi ce travail ?

Parce que c’est la mission que l’ordre dominicain et l’Eglise m’ont confiée ! J’appartiens à un centre de recherche, l’Institut dominicain d’études orientales (Idéo), présent au Caire depuis près de 70 ans. Nous faisons le pari que la connaissance mutuelle et l’usage de la raison sont les meilleures voies pour apaiser les tensions. Voilà pourquoi nous, religieux chrétiens, travaillons sur la tradition musulmane avec des musulmans.

Peux-tu nous partager un moment dans ta vie où tu as fait l’expérience d’être relevé ?

En voilà, une question intime ! Je pense spontanément à un moment : j’étais novice, tout jeune dominicain, et j’avais envie de partir, de rentrer chez moi. Je me sentais pourtant appelé par Dieu à cette vie, et je savais que j’y serais heureux et à ma place ; mais rester me paraissait au-dessus de mes forces. J’avais fait ma valise, le coeur serré, convaincu que j’allais gâcher ma vie, et m’efforçais de tenir quelques jours, quelques heures encore. Au bout d’une semaine, d’un seul coup, ce découragement a disparu, remplacé par une joie qui ne venait pas de moi – et qui, onze ans plus tard, m’habite encore.

Frère Matthieu Palayret

Nous entrons dans la Carême avec le frère Matthieu Palayret ! Jeune frère en formation sur Lyon, il se présente aux retraitants de Carême dans la Ville.
Frère Matthieu Palayret

Dans tes méditations, tu suis le parcours du prophète Jonas, qu’est-ce qui te touche le plus chez lui ?

L’humour de son histoire, de sa vie me touche beaucoup. Si Dieu est amour, je suis persuadé qu’il est aussi humour. Il sait nous mener là où on croyait ne pas vouloir aller. Finalement, il connaît bien mieux nos désirs que nous-mêmes. Et sa trace dans ma vie est si discrète (si respectueuse)… que je ne peux l’apercevoir qu’en contre-point, après-coup, comme un clin d’oeil que je ne comprendrais qu’après coup. Nous rirons bien, au ciel, en découvrant de quelle manière Dieu nous était toujours à nos côtés à chaque instant de notre vie.

Tu es frère étudiant au couvent de Lyon, à part la philosophie, que fais-tu ?

A part mes études à la Catho de Lyon, j’anime avec d’autres frères l’aumônerie des prépas du Lycée du Parc, je suis aumônier du groupe scout et guide de France du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon, je participe au développement de La Cave des Dominicains (bar associatif ouvert pour les 18-25 ans les vendredis soirs au couvent de Lyon), je co-organise la session Théodom de vacances théologiques à Belle-Ile cet été… Bref, de multiples projets enthousiasmants !

Peux-tu nous partager un moment dans ta vie où tu as fait l’expérience d’être relevé ?

Je ne sais pas comment le dire. Cela va paraître très intellectuel, alors que c’est tout le contraire… La redécouverte de la vocation de saint Matthieu, cet homme pas très respectable, a été un déclic déclencheur étrangement puissant. “Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.” Je comprenais enfin que c’était peut-être parce que je me savais indigne du regard de Dieu que Dieu m’appelait à lui. Il ne me rejette pas à cause de mon péché, au contraire, il vient me chercher à cause de lui. Quel renversement dans ma vie ! Quel relèvement !

Frère Benoît Ente présente Carême dans la Ville 2018

Pour ce Carême 2018, nous avons choisi comme thème le cri du Psalmiste : « Tu m’as relevé » (psaume 29).

Cet homme s’enfonçait dans l’abîme, il a crié vers le ciel et il a été entendu. Il a fait l’expérience d’être relevé par un autre.

Pendant 40 jours nous allons méditer cette expérience de résurrection qui est à l’oeuvre dans toute vie. Je vous invite à nous suivre jusqu’à Pâques à l’écoute de la Parole de Dieu éclairée par des frères, des soeurs et des témoins. Je vous invite à découvrir la force des sacrements avec une série de 7 vidéos. Je vous invite du 14 février au 1er avril 2018 à vous laisser relever par Jésus pour crier, chanter avec le psalmiste : « Je t’exalte mon Dieu, tu m’as relevé » !

Interview du frère Thierry-Marie Courau

Au-delà des mots, notre corps parle. Lors de sa passion le corps silencieux de Jésus parle à ses contemporains. En cette semaine sainte, le frère Thierry-Marie accompagne notre traversée de la mort et de la résurrection en méditant sur la Parole et le corps dans le retable d’Issenheim, dans la passion du Christ Jésus et dans nos vies.

CDLV 2017 - Image Site (Interview Frère Thierry-Marie Courau)Frère Thierry-Marie, chacune de tes méditations fait référence au retable d’Issenheim peint par Grünewald, qu’est ce qui te marque tant dans cette œuvre ?

Il y a quelques mois j’ai eu la chance de revoir cet ensemble de peintures dans le musée réaménagé du monastère des dominicaines de Colmar et j’en ai été très ému. Le peintre a su déployer sur des panneaux mobiles tout un éventail d’émotions qui se transmettent et s’introduisent avec force dans le corps même de l’écoutant de la parole évangélique. La construction des scènes, les attitudes, les couleurs, créent une vibration qui se projette au-delà des toiles. Elle me touche au cœur. J’y vois surgir avec force le projet incroyable du Père, qui pour se réaliser passe par la venue, la mort et la résurrection du Fils venu éprouver notre chair, le Christ Jésus.

Tu es spécialiste du dialogue des cultures, en particulier avec le bouddhisme, qu’est-ce qui t’a conduit à t’intéresser à ce sujet ?

Au départ, j’ai simplement voulu essayer de comprendre comment les Asiatiques appréhendaient les questions fondamentales de l’existence : désir, joie, sens de la vie, souffrance, mort, etc. En lisant les textes des différentes traditions, ce sont ceux du bouddhisme qui m’ont semblé les plus étranges et étonnants. Comme je suis animé d’une très forte curiosité, j’ai plongé dedans pour essayer de comprendre ce qu’ils voulaient dire et vivre. J’y nage toujours, heureusement sans m’y noyer !

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Cela va te surprendre, mais je ne la comprends toujours pas. Comment du pain et du vin accompagnés d’une parole et reçus dans la foi au sein d’une communauté peuvent-ils communiquer la totalité de la vie de Dieu au monde et nous transformer peu à peu en Christ ? Cela reste pour moi un immense et merveilleux mystère. Ce que je vois toujours plus c’est que cette parole de Jésus réalise la présence et l’activité efficace du Père dans le monde par leur Esprit commun. Et que j’y participe avec des frères et sœurs. Ce que je dirai en des termes plus crus : croire c’est génial ! C’est une autoroute de liberté et de joie !

Interview du frère Maxime Allard

Face à la mort de Lazare et à la tristesse de ses proches, Jésus impulse une force de vie. Cette semaine, le frère Maxime nous fait prendre conscience avec réalisme des puissances de mort qui secouent notre monde, et en même temps du jaillissement de la vie, partout, insaisissable, fruit de la foi et de l’engagement, signe de la résurrection.

Frère Maxime AllardFrère Maxime, dans tes méditations, tu nous parles des multiples morsures de la mort à l’œuvre dans les récits bibliques et dans notre monde contemporain. Est-ce que cela signifie que rien n’a changé ?

Rien n’a changé : c’est peut-être aller trop vite. Je crois que les récits bibliques – comme par ailleurs d’autres récits et réflexions en provenance d’autres cultures – nous éveillent à la mort, à la violence qui blesse et tue alors que nous préférons souvent – individuellement et collectivement – nous faire croire, nous bercer de l’illusion que nous contrôlons ces pulsions, ces désirs, ces choix délibérés de faire mal à autrui. En ce sens, les récits bibliques, lorsque nous les lisons, les écoutons et les méditons et en faisons un incitatif à une vie évangélique authentique, changent quelque chose : nous tenir en éveil. Ce n’est pas rien !
Rien n’a changé ! Peut-être même peut-on dire que c’est devenu pire : nous avons affiné les modalités et les mécanismes pour tuer. On tue et blesse mieux et plus de monde désormais qu’avant !
Aussi, on peut dire que rien n’a changé ! Car chacun a à recommencer l’écoute de ces récits, de voir qu’en soi, il y a encore des zones d’ombre où nous rêvons de faire mal et de tuer ; il y a encore en chacun de nous, des tentations de détourner le regard.
Mais dans ce cas, si rien n’a encore changé, c’est aussi une invitation évangélique à tenter (de nouveau, à nouveaux frais) de faire que quelque chose change. C’est à tout le moins l’Espérance que j’ai apprise de la vie religieuse, de l’histoire de l’Église, du partage de la parole et du pain.
Donc pas de pessimisme ou de résignation, mais de la résolution et du courage pour vivre, panser des plaies et encore et toujours tenter de prévenir des morts !

Pour ton ministère tu as séjourné en Afrique du Sud, au Rwanda et au Burundi. Comment cette expérience a-t- elle touché ta foi ?

Ces expériences m’ont permis de mieux saisir la vérité existentielle des récits bibliques, d’écouter autrement le cri des hommes et des femmes que je croisais, de parvenir à donner des mots à leurs voix et leurs lamentations dans la prière personnelle et communautaire.
Je venais et je vis encore dans un monde confortable, policé, d’où bien des traces d’injustice et de violence sont gommées, effacées. Là-bas, sous l’apartheid ou après un génocide, pas moyen de se bercer d’illusions bourgeoises ou capitalistes ! En fait, oui, cela demeure possible. C’est malheureux. Le cœur humain peut être si endurci. Personnellement, vivre là, partager la vie dominicaine de mes frères, prendre part à des actions – aussi petites soient-elles – pour tenter de changer quelque chose, cela m’a greffé un cœur. Cela aura été – et j’en rends grâce à Dieu – l’occasion pour que la grâce m’ébranle réellement et me fasse grandir dans la confiance et l’espérance… Aussi dans une charité marquée par la tristesse et la colère de la voir, cette charité, souvent si refroidie.

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Au commencement, c’était une phrase entendue, répétée à l’eucharistie. Rien d’autre. Puis vinrent les cours du P. Tillard, dominicain qui m’a enseigné à Ottawa, qui m’a fait découvrir des textes merveilleux de Chrysostome et d’Augustin sur l’eucharistie, qui m’a forcé à penser au Corps ecclésial du Christ, à sa chair dans le monde, à sa chair encore crucifiée aujourd’hui. C’était beau. Cela me permettait de comprendre certaines réactions viscérales envers certaines pratiques eucharistiques dans l’Église. Mais cela restait très théorique encore. Le passage en Afrique du Sud, au Rwanda, l’écoute pastorale d’hommes et de femmes blessés, abusés, violentés me firent sentir, vibrer cette parole sur plusieurs autres registres. Aussi, l’écoute de relations amoureuses réussies donne de la chair à ce « Ceci est mon corps ». Aussi l’écoute de pédophiles ou de leurs victimes qui font crier : mais n’avez-vous pas de respect pour le corps du christ ?
Ce n’est plus une phrase. C’est devenu une invitation « Vois, là est le Christ » ! C’est devenu une incitation à la responsabilité : « Vois – fais voir là le Corps du Christ »… Mais il ne s’agit pas seulement de le voir, il y a à le soutenir, à l’habiller, le nourrir… Cela devient alors l’impératif évangélique : « Vois, fais voir mais aussi aime… » C’est pour moi une joie mais aussi une tristesse. Une joie car il ne manque pas, dans la vie, de ce « corps » du Christ : au détour d’une rue, affaissé sur un trottoir ; dans un entretien ; devant mon miroir… Une tristesse, car je suis souvent démuni devant la chair du Christ : la panser, la respecter ne va pas de soi ! C’est peut-être là la dynamique de la vie chrétienne. C’est peut-être là que la prière et l’espérance peuvent surgir en vérité…