Vidéo teaser Avent dans la ville 2019

Carême dans la Ville

Moniales dominicaines, saint Denis de la Réunion

Vous êtes la prieure d’un monastère de moniales dominicaines à Saint-Denis-de-la-Réunion, qu’est-ce qui vous a donné le désir d’être moniale ?

Devenir moniale a été une réponse à un appel plus qu’un désir. Pourquoi moniale ? Pour moi, c’est me conformer au projet d’amour de Jésus sur moi, c’est me donner à lui sans retour ; c’est une ouverture sur le monde, une ouverture au besoin d’aimer davantage et surtout de faire aimer, enfant je disais : « faire connaître Jésus à ceux qui ne le connaissent pas encore ». Je pense que ma vie de moniale est une réponse à ce désir d’enfant, faire connaître Jésus et le faire aimer.

Comment vivez-vous le carême dans la communauté, qu’est-ce que cela change dans votre rythme ?

Les changements ne sont pas très visibles, c’est surtout une plus grande intensité de notre vie monastique, plus de temps consacré à la Parole, nos offices plus intenses, plus priants, la méditation du chemin de croix. Comme nous sommes corps et âme, nous jeûnons pour faire l’expérience du manque qui nous aide à découvrir le besoin de Dieu, celui qui nous donne la vie, qui nous donne tout ce qui nous est nécessaire pour être. Cette année, nous avons mis l’accent sur l’écologie au concret.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvée ?

Je traversais une période difficile, je ne voyais pas comment m’en sortir, il me semblait que plus j’avançais, plus je m’enfonçais dans le noir. Un jour à bout de courage, je me suis tournée vers le Seigneur et j’ai crié : « Seigneur je n’en peux plus, fais quelque chose, toi seul peux me tirer de là. » Confiante, j’ai continué d’avancer et très vite tout s’est débloqué, la lumière s’est faite, fulgurante. Je pense que c’est cette confiance que je lui ai faite qui m’a sauvée.

Frère Dominique Motte

Cette semaine, vous nous proposez un parcours biblique autour de 5 personnages dont deux sont des païens. Que nous apprennent-ils sur Jésus ?

La surprise. Jésus est surpris, décontenancé, admiratif face à eux. Et réciproquement, eux sont aussi changés, bouleversés par l’écoute et l’accueil qu’ils ressentent dans ce Jésus qui passe. Ils ont accès à son amitié, une place s’ouvre en lui pour eux. A chaque fois, c’est l’entrée de quelqu’un de nouveau, quelqu’un qui s’ajoutent à ce que Jésus est. Chacun d’entre eux est un plus pour la conscience, pour la personne de Jésus.

Vous avez vécu plusieurs années en Algérie comme frère dominicain, comment avez-vous vécu votre mission de prêcheur ?

Comme quelqu’un de surpris ! J’étais déjà bien souvent venu en Algérie. La guerre d’Algérie, comme pour beaucoup, a laissé en moi une cicatrice ouverte. Et je crois vraiment que français et algériens, chrétiens et musulmans, nous avons des pages nouvelles à vivre. J’ai travaillé sur les évangéliques et sur les 19 personnes qui ont été déclarés bienheureux. C’était une manière indirecte de m’intéresser à l’Islam et à l’Eglise en Algérie.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

Peut-être parlerais-je des prisonniers politiques au Pérou auprès desquels j’ai travaillé durant 8 ans. J’avais à la fois à ne pas accepter la part de violence qu’il y avait chez certains, qui avaient du sang sur les mains. Et en même temps j’avais à comprendre leur soif de liberté, de justice, même s’ils avaient fait des choix souvent destructeurs. Devant leur attente très forte, il fallait que je puisse à la fois apprécier leur besoin de liberté et de justice et en même temps, je ne pouvais pas pactiser avec eux, j’étais obligé de leur dire non je ne suis pas d’accord. Comme souvent la réalité est ambiguë, elle demande notre accord et notre désaccord et ce n’est pas facile de le penser et de le dire.