helenetinyHélène Ducatillon-Obin, peintre à Cobrieux (village près de Lille).

Après dix années de vie familiale passée en Asie, nous sommes revenus nous installer dans le Nord de la France. Une ferme…que nous continuons de retaper, et un atelier qui laisse entrer la lumière si particulière des Flandres.

Après avoir accueilli avec enthousiasme la commande du couvent des dominicains et pour me « mettre dans le bain », j’ai commencé par visionner le film l’Evangile selon saint Matthieu de Pasolini. Un autre film sur la vie de Jésus m’avait retourné à l’âge de 10 ans. J’ai aussi consulté les œuvres de Rembrandt, celles de Caravage et autres peintres.

Puis, je me suis mise à dessiner, sans trop d’appréhension, et même heureuse de me rapprocher de cet intime ami d’enfance. Lorsque j’avais présenté différentes œuvres à l’équipe de Retraite dans la Ville, un croquis au pastel avait particulièrement retenu leur attention. « C’est notre Jésus ! » s’étaient ils exclamés. J’avais fait quelques mois auparavant ce croquis au pastel d’après un modèle vivant. Il m’a semblé naturel de recontacter ce modèle pour travailler sur les dix attitudes de Jésus. Après lecture des textes religieux à illustrer, portés par la méditation, et pour chaque posture demandée, nous avons composé assez naturellement les poses.

Lorsque j’entrais dans mon atelier, je commençais par allumer le feu dans le poêle, et j’écoutais des morceaux de piano joués par un frère dans l’Église de Conque, visitée l’été précédent. Le Huelgas Ensemble (polyphonie vocale) découvert lors d’une exposition sur le peintre Zurbaran m’inspire beaucoup également. La pose du Jésus souffrant a été certainement et paradoxalement la plus drôle, puisque Jean, le modèle était allongé sur un transat avec sa couronne d’épines (un joli rosier!) afin qu’il puisse tenir la pose assez longtemps sans attraper de torticolis ! Parallèlement, je réalisais des portraits de résidents d’une maison de retraite afin d’améliorer mon travail sur le portrait, le modelé, les mains… C’est un vrai échange humain qui se poursuit aujourd’hui à travers le dessin ! L’un des résidents, un ancien maçon, a bien voulu « prêter » ses mains pour le « Jésus guérissant les malades ». Quant au Jésus grandissant parmi les siens, mon fils de 11 ans, ma fille et mon mari ont pris la pose !helene2tiny

Motivée par le sujet, j’ai assisté à une conférence très à propos sur le portrait dans l’histoire de l’art avec débat, à une exposition sur le portrait au musée des Flandres de Cassel et à la très belle exposition sur les Chrétiens d’Orient de Tourcoing. D’un naturel plutôt contemplatif, j’ai retrouvé une nouvelle motivation pour aller me recueillir et entrer dans les églises, observer l’architecture, les sculptures, les Chemins de Croix…et admirer la symbolique de la gestuelle du prêtre au cours de l’Eucharistie.

On ressent des sentiments affectifs et humains lorsque l’on représente Jésus. Se rapprocher de lui à travers l’art ou la prière, dévoile en nous notre part d’humanité… Ce thème du Christ et du sacré me semble être une source inépuisable d’expression artistique. Mes prochains travaux en seront certainement emprunts.