Le frère Charles Desjobert, Dominicain au couvent de Lyon est le prédicateur de ces premiers jours de carême.

 

Dans votre première méditation, vous parlez de la foi comme un projet fou, pourquoi ?

Toute notre vie chrétienne a quelque chose d’un projet fou. On pourrait s’imaginer que notre foi, c’est grosso modo un oui donné à Dieu et à quelques grandes vérités. Mais la foi est bien plus dynamique qu’une simple signature au bas du texte du Credo. La foi nous est donnée, elle nous traverse de part en part, elle vient de Dieu et nous embarque vers Dieu. Elle nous fait voyager vers des régions inconnues sur un chemin qui, lui, est bien assuré : le Christ. Elle est le projet fou de Dieu sur notre vie humaine : la conduire à la plénitude de la grâce, à la perfection de la Charité. Et tout ça sans nous faire quitter terre. Et là encore, c’est fou.

Vous suivez actuellement des études pour devenir architecte du patrimoine. Comment ce travail prend-t-il place dans votre vocation dominicaine ?

Comme dominicain, je cherche à annoncer Dieu par toute ma vie. Alors mes passions et mes talents peuvent être au service de cette belle mission chrétienne. J’ai fait des études d’archi avant d’entrer dans l’Ordre. Pourquoi ne pas mettre cette passion à profit ? De la physique à la philosophie en passant par la médecine, tout ce qui touche l’homme regarde aussi Dieu. Comment restaurer et faire vivre nos églises ? Par quels moyens bâtir une ville plus humaine ? Qu’est-ce qu’un espace sacré ou un couvent dominicain pour le XXIe siècle ? Autant de questions à approfondir en connaissant mieux notre patrimoine mais aussi autant de façon d’interroger autrement ma foi. Sans parler de l’importance d’aller rencontrer les gens hors de nos sacristies, par exemple dans les différents milieux professionnels que touche l’architecture.

Pouvez-vous nous partager une expérience où vous croyez que votre foi vous a sauvé ?

J’étais l’an dernier en Centrafrique. Nous construisions un couvent dominicain à Bangui. C’était la guerre et la situation devenait de plus en plus volatile. Un matin de mai, un ouvrier du chantier s’approche et me demande : « et si la situation empire, vas-tu partir toi aussi ? » Je n’avais pas trop réfléchi à la question et répondis un peu naïvement : « si mon supérieur me le demande, je rentrerai ». Une manière habile de me défausser peut être. Et lui, de me lancer sans ambages : « tu n’as pas le droit de faire ça ! Tu ne peux abandonner tes frères. » Un choc ! Comme si, à travers ce maçon, Jésus m’interpellait. Il me confiait une mission – demeurer avec mes frères – et simultanément me donnait la force pour l’accomplir. Ma foi était remuée, intérieurement j’étais raffermi, j’étais vivifié et sauvé. Sans peur, je suis resté.