En lecteur attentif de la Bible, le frère Alain Riou du couvent St Thomas d’Aquin à Lille nous propose cette semaine de méditer le récit du serpent de bronze du Livre des Nombres dans l’Ancien Testament.

riouFrère Alain, dans l’Ancien Testament, Dieu interdit les idoles c’est-à-dire les statues. D’ailleurs, Moïse, lorsqu’il descend du Sinaï se met en colère contre le peuple qui s’est fabriqué un veau d’or. Alors pourquoi ici un serpent de bronze ?

Oui, mais là, pour le serpent de bronze, c’est Dieu qui le demande ! Dieu est toujours surprenant, il doit avoir une idée derrière la tête… Vous allez la découvrir à travers les méditations.

Tu es un lecteur assidu de la Bible. Qu’est-ce qui te passionne dans cet ensemble de livres ?

Je répéterai ce que j’ai entendu d’une théologienne anglaise, Janet Martin-Soskice, qui enseigne à Cambridge : « La Bible, ce n’est pas un recueil d’histoires morales et pieuses qu’on raconte aux enfants pour les aider à s’endormir, c’est parfois plein d’horreurs, choquantes, mais en même temps s’y trouvent les perspectives les plus profondes que j’ai jamais entrevues sur l’être humain et sur la vie. » Dans la lecture de la Parole de Dieu, je m’attache moins aux « idées » – car nous risquons toujours d’y projeter nos vues, nos attentes –, mais d’abord au texte, à la manière dont il dit, aux mots mêmes. Il ne s’agit pas de fétichiser un texte, mais d’y entendre des consonances avec d’autres passages, et avec la vie. La Bible me donne des mots pour lire et dire ma vie, notre vie.

Peux-tu nous partager un moment dans ta vie où tu as fait l’expérience d’être relevé ?

C’était en 1968, à l’automne, donc peu après le fameux mai et ses tribulations. Je devais faire profession solennelle à la Toussaint, mais certains frères avaient émis un avis défavorable, et du coup le provincial a décidé de retarder la profession d’un an. Cette décision a choqué certains autres frères, qui la trouvaient inacceptable et m’ont conseillé de faire appel à Rome. J’ai refusé, parce que quelque chose d’aussi massif ne pouvait pas ne pas porter une parole de Dieu. J’ai cherché à comprendre, mais plus je cherchais, moins j’y voyais clair. Est venu un moment où j’ai pu me dire : « Si lors du prochain entretien, le provincial m’accepte à la profession pour Noël, je ferai profession ; sinon, je ne la renouvellerai pas, et je partirai. » Je n’avais aucune idée de ce que j’allais devenir, et ne m’en préoccuperais qu’en son temps. Puisque je suis ici, tu peux deviner quelle fut la réponse du provincial. Mais je peux dire que pendant les deux semaines qui ont suivi, dans l’attente de cette réponse, je ne me suis jamais senti aussi libre dans ma vie, aussi en paix : tout pouvait arriver, tout. Et finalement, cette secousse, je l’ai reçue comme un cadeau inouï, sur le seuil de cette profession définitive.