Sœur Marie-Emmanuelle, tu as écrit que la femme adultère sent comme une eau vive couler sur elle. Pourquoi cette image ?

C’est une manière de parler de l’effet du rayonnement du regard de Jésus sur la femme. Le regard de Jésus a comme lavé son visage. Son regard sur elle-même, sur Jésus, sur les autres en a été transformé. Ce regard de Jésus est un jaillissement d’eau vive qui vient du plus profond de son cœur, de son côté transpercé : « De son cœur couleront des fleuves d’eau vive.* »

* Évangile selon saint Jean, chapitre 7, verset 38.

Comment l’esprit du Bienheureux Lataste inspire-t-il la vie quotidienne des sœurs de Béthanie ?

Les sœurs aiment lire régulièrement la vie du Père Lataste et ses lettres adressées à la fondatrice Mère Henri-Dominique. Elles sont remplies d’exemples concrets que nous rencontrons encore ou dont nous pouvons nous inspirer, éclairées par l’Esprit Saint. Notre force nous la puisons dans l’adoration eucharistique, dans la Parole de Dieu, et la vie fraternelle.
Nous vivons au quotidien la devise du P Lataste – espérer contre toute espérance – en rivalisant dans une charité confiante même dans les situations les plus coincées, sûres qu’il va en sortir un plus grand bien, même après des années. Devant nos ratés, nos échecs : ne pas s’affoler. L’important est de vouloir se relever et ne pas rester à terre et s’y complaire. Un jour c’est moi qui tombe, le lendemain c’est ma sœur. Autre point important : suspendre tout jugement. Le P Lataste sur son lit de mort a dit : je n’ai jamais jugé ni condamné personne alors qu’il avait eu beaucoup de contradicteurs pour l’œuvre de Béthanie. C’est Dieu qui doit défendre notre œuvre, pas nous.
Bref rivaliser d’amour nous fait oublier nos défauts pour regarder vers le Christ, l’unique Bien-aimé.

Le carême est-il est un temps pour vivre plus intensément la miséricorde ?

C’est le meilleur temps pour la recevoir, l’accueillir et la donner ! L’Église nous donne ce temps favorable. À nous d’en profiter à fond ! Par le jeûne la prière et l’aumône.
Chaque année on a toujours de la boue aux pieds ramassée sur le chemin à se faire laver par Jésus. Personnellement j’ai fait l’expérience pendant un carême de désirer très fort une grâce de conversion. J’étais tendu vers la semaine sainte avec ce désir et l’assurance qu’elle me serait donnée. Devant le Saint Sacrement, un lundi saint où on lit l’évangile de l’onction à Béthanie par Marie Madeleine, j’ai vécu une renaissance à travers le pardon reçu et la communion. Depuis, je ne vis plus du tout le carême de la même façon, je sais que Jésus m’attend avec ses cadeaux, son amour toujours nouveau. Il me prend avec lui dans sa passion et sa résurrection pour faire de moi un témoin de sa miséricorde infinie. À Béthanie, nous allons de fête en fête pendant le carême, car nous y avons les entrées au ciel de nos fondateurs, ainsi que la fête de Saint Joseph et de L’Annonciation. Nous essayons de vivre un carême joyeux. La miséricorde rend joyeux !