« Dans beaucoup d’endroit de l’ancien testament, on voit Dieu, « l’éternel des armées », décrit de manière assez violent (le côté « vengeur »). J’ai du mal à faire le lien avec l’Éternel décrit dans le nouveau testament, décrit comme un père qui aime ses enfants. » Le frère Hervé Ponsot, de notre couvent de Lille et ancien directeur de l’École Biblique et Archéologique de Jérusalem nous donne sa réponse à cette remarque de Nicolas. 

Tout le monde l’aura remarqué depuis que la Bible est Bible : il semble bien y avoir deux principes divins dès l’Ancien Testament, et a fortiori lorsque l’on compare l’Ancien et le Nouveau Testament. D’un côté, un Dieu des armées (Sabaoth en hébreu), guerrier, jaloux, qui punit les crimes non seulement dans leurs auteurs, mais jusque dans les enfants des auteurs (Ex 20,5 = 34,7 = Dt 5,9-10), et d’un autre côté, un Dieu bon, compatissant, père miséricordieux, celui dont Jésus se fait le héraut.

Bien sûr, les commentateurs avisés ne manquent pas de souligner, avec raison, que les hommes ont prêté leurs sentiments à Dieu, ou que le Dieu des armées représente une image primitive de Dieu, qui a évolué avec le temps et s’est « humanisée » : Dt 24,16 (« Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils, ni les fils pour les pères. Chacun sera mis à mort pour son propre crime ») ne vient-il pas corriger les passages précédemment cités ? Lesquels d’ailleurs ne visaient que « ceux qui haïssent Dieu ».

Oui, cela est vrai, mais cela ne touche pas le cœur du problème. En fait, comme on ne peut parler de vie sans que la mort ne soit à l’horizon, on ne peut non plus parler d’amour sans que la haine ne soit à l’arrière-plan. Pour le dire autrement, le vivant ne peut être radicalement vivant que s’il est aussi, s’il le faut et quand il le faut, radicalement opposé à tout ce qui met en cause la vie, et en particulier la mort ; et l’aimant ne peut vraiment aimer que s’il est aussi celui qui sait, s’il le faut et quand il le faut, radicalement s’opposer à tout ce qui mine ou détruit l’amour, au point de… haïr cet opposant.

La vie, l’amour ne sont pas de longs fleuves tranquilles, mais des combats, y compris pour Dieu : contre le mal sous toutes ses formes, qu’il soit dans les autres ou, pour les hommes, en soi. Jésus en a connu le prix sur la croix. Au diable donc les sentiments pieux ou aseptisés, qui n’ont le plus souvent rien de bibliques, et bienvenue par exemple aux psaumes 137 à 143 : « Fille de Babel, heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc ! » (Ps 137,9). Comprenons bien que la force de la haine, dont rien ne dit d’ailleurs qu’elle vaille passage à l’acte, n’est ici que le revers de la force de l’amour : il est heureux et souhaitable que l’amour trouve d’autres manières de s’exprimer, mais ne bannissons pas celle-ci qui est parfois la seule que rencontre l’opprimé. Ou Dieu lui-même aux dires des anciens.

Et vous, qu’en-pensez-vous ?

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