VM (325x404)Véronique Margron est sœur dominicaine. Elle est professeur de théologie morale à la Faculté de théologie de l’Université Catholique de l’Ouest dont elle a aussi été le doyen de 2005 à 2010. Elle travaille les questions liées à la vie affective et les grandes interrogations de nos sociétés : la bioéthique, la souffrance, la solitude. Elle a été élue en octobre 2013 provinciale de France des sœurs de sa congrégation.

Dans tes méditations, ton rapport que l’on pourrait dire « amoureux » avec la Parole de Dieu est presque palpable. Comment est née cette fréquentation régulière de la Bible ?

Elle est née de ma (re)découverte de la foi vers 19/20 ans. Deux circonstances alors : des rencontres fortes avec des amis chrétiens et doucement des séjours dans des monastères. C’est là que mon lien à la Parole s’est tissé, que mon désir de m’y risquer c’est creusé.

Comment la parole de Dieu vient-elle directement te mettre en marche ? as-tu un exemple ?

Je ne sais pas. Car la Parole est d’abord pour moi une compagne. Se laisser toucher, déplacer par elle. Ne pas tenter de la saisir – malgré l’importance des études ! Se laisser mener donc. Viennent donc me toucher de nombreux textes, des versets, au fil de la lecture, de cette lente manducation. C’est ainsi que se fait la marche : ne pas marcher sans elle. Pour ne pas perdre le nord, ou l’Orient plutôt. Du cœur des récits vont spécialement se faire compagnons des visages. Comme autant de mains tendues pour approcher l’unique visage du Christ. Ce peut être Abraham, Sara, Job – beaucoup, ou encore Ruth, Ester, l’ecclésiaste. Et bien sûr tous les marcheurs du Nouveau Testament. Les pas de Nicodème, de nuit ; ou la Samaritaine, la femme adultère, Marie Madeleine… Bref autant de traits nécessaires à mon humanité, à ma chair, pour qu’elle s’ouvre au Christ.

Où serait pour toi l’urgence d’un « déplacement » pour nous aujourd’hui: un chantier social, ecclésial, au sujet duquel nous, – lecteurs de la Bible – résistons à nous mettre en marche ?

Y-a-t-il un autre chantier, hier comme aujourd’hui, que celui consistant à témoigner avec douceur et persévérance, du Dieu qui s’est approché de ceux qui se croient loin, indignes ? Y-aurait il autre chose que de marcher pour rendre compte que notre Dieu est venu pour quiconque et pour n’importe qui ? Qu’il n’y a pas de prérogative, pas plus qu’il n’y a de situations définitivement fermées. Se mettre en marche c’est aller, comme nous le pouvons, se mettre au plus près des tombeaux des hommes de ce temps, de leurs nuits. Et là de supplier pour que le Christ lui-même descende et ouvre les tombeaux. Y compris en nous. Qu’il mène lui-même vers l’aurore. Se mettre en marche c’est croire de tout son cœur et de toute son intelligence que personne n’est exclu de l’amour de Dieu. C’est donc mettre aussi sa volonté et son courage à en être des témoins bien modestes et malhabiles, mais opiniâtres.

Dernières publications de Sœur Véronique Margron :

  • Fidélité infidélité, question vive, Cerf
  • La Parole est tout près de ton cœur, Bayard