Vidéo Marche dans la Bible

Qui sommes-nous ?

Interview du frère Thierry-Marie Courau

Au-delà des mots, notre corps parle. Lors de sa passion le corps silencieux de Jésus parle à ses contemporains. En cette semaine sainte, le frère Thierry-Marie accompagne notre traversée de la mort et de la résurrection en méditant sur la Parole et le corps dans le retable d’Issenheim, dans la passion du Christ Jésus et dans nos vies.

CDLV 2017 - Image Site (Interview Frère Thierry-Marie Courau)Frère Thierry-Marie, chacune de tes méditations fait référence au retable d’Issenheim peint par Grünewald, qu’est ce qui te marque tant dans cette œuvre ?

Il y a quelques mois j’ai eu la chance de revoir cet ensemble de peintures dans le musée réaménagé du monastère des dominicaines de Colmar et j’en ai été très ému. Le peintre a su déployer sur des panneaux mobiles tout un éventail d’émotions qui se transmettent et s’introduisent avec force dans le corps même de l’écoutant de la parole évangélique. La construction des scènes, les attitudes, les couleurs, créent une vibration qui se projette au-delà des toiles. Elle me touche au cœur. J’y vois surgir avec force le projet incroyable du Père, qui pour se réaliser passe par la venue, la mort et la résurrection du Fils venu éprouver notre chair, le Christ Jésus.

Tu es spécialiste du dialogue des cultures, en particulier avec le bouddhisme, qu’est-ce qui t’a conduit à t’intéresser à ce sujet ?

Au départ, j’ai simplement voulu essayer de comprendre comment les Asiatiques appréhendaient les questions fondamentales de l’existence : désir, joie, sens de la vie, souffrance, mort, etc. En lisant les textes des différentes traditions, ce sont ceux du bouddhisme qui m’ont semblé les plus étranges et étonnants. Comme je suis animé d’une très forte curiosité, j’ai plongé dedans pour essayer de comprendre ce qu’ils voulaient dire et vivre. J’y nage toujours, heureusement sans m’y noyer !

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Cela va te surprendre, mais je ne la comprends toujours pas. Comment du pain et du vin accompagnés d’une parole et reçus dans la foi au sein d’une communauté peuvent-ils communiquer la totalité de la vie de Dieu au monde et nous transformer peu à peu en Christ ? Cela reste pour moi un immense et merveilleux mystère. Ce que je vois toujours plus c’est que cette parole de Jésus réalise la présence et l’activité efficace du Père dans le monde par leur Esprit commun. Et que j’y participe avec des frères et sœurs. Ce que je dirai en des termes plus crus : croire c’est génial ! C’est une autoroute de liberté et de joie !

Interview du frère Maxime Allard

Face à la mort de Lazare et à la tristesse de ses proches, Jésus impulse une force de vie. Cette semaine, le frère Maxime nous fait prendre conscience avec réalisme des puissances de mort qui secouent notre monde, et en même temps du jaillissement de la vie, partout, insaisissable, fruit de la foi et de l’engagement, signe de la résurrection.

Frère Maxime AllardFrère Maxime, dans tes méditations, tu nous parles des multiples morsures de la mort à l’œuvre dans les récits bibliques et dans notre monde contemporain. Est-ce que cela signifie que rien n’a changé ?

Rien n’a changé : c’est peut-être aller trop vite. Je crois que les récits bibliques – comme par ailleurs d’autres récits et réflexions en provenance d’autres cultures – nous éveillent à la mort, à la violence qui blesse et tue alors que nous préférons souvent – individuellement et collectivement – nous faire croire, nous bercer de l’illusion que nous contrôlons ces pulsions, ces désirs, ces choix délibérés de faire mal à autrui. En ce sens, les récits bibliques, lorsque nous les lisons, les écoutons et les méditons et en faisons un incitatif à une vie évangélique authentique, changent quelque chose : nous tenir en éveil. Ce n’est pas rien !
Rien n’a changé ! Peut-être même peut-on dire que c’est devenu pire : nous avons affiné les modalités et les mécanismes pour tuer. On tue et blesse mieux et plus de monde désormais qu’avant !
Aussi, on peut dire que rien n’a changé ! Car chacun a à recommencer l’écoute de ces récits, de voir qu’en soi, il y a encore des zones d’ombre où nous rêvons de faire mal et de tuer ; il y a encore en chacun de nous, des tentations de détourner le regard.
Mais dans ce cas, si rien n’a encore changé, c’est aussi une invitation évangélique à tenter (de nouveau, à nouveaux frais) de faire que quelque chose change. C’est à tout le moins l’Espérance que j’ai apprise de la vie religieuse, de l’histoire de l’Église, du partage de la parole et du pain.
Donc pas de pessimisme ou de résignation, mais de la résolution et du courage pour vivre, panser des plaies et encore et toujours tenter de prévenir des morts !

Pour ton ministère tu as séjourné en Afrique du Sud, au Rwanda et au Burundi. Comment cette expérience a-t- elle touché ta foi ?

Ces expériences m’ont permis de mieux saisir la vérité existentielle des récits bibliques, d’écouter autrement le cri des hommes et des femmes que je croisais, de parvenir à donner des mots à leurs voix et leurs lamentations dans la prière personnelle et communautaire.
Je venais et je vis encore dans un monde confortable, policé, d’où bien des traces d’injustice et de violence sont gommées, effacées. Là-bas, sous l’apartheid ou après un génocide, pas moyen de se bercer d’illusions bourgeoises ou capitalistes ! En fait, oui, cela demeure possible. C’est malheureux. Le cœur humain peut être si endurci. Personnellement, vivre là, partager la vie dominicaine de mes frères, prendre part à des actions – aussi petites soient-elles – pour tenter de changer quelque chose, cela m’a greffé un cœur. Cela aura été – et j’en rends grâce à Dieu – l’occasion pour que la grâce m’ébranle réellement et me fasse grandir dans la confiance et l’espérance… Aussi dans une charité marquée par la tristesse et la colère de la voir, cette charité, souvent si refroidie.

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Au commencement, c’était une phrase entendue, répétée à l’eucharistie. Rien d’autre. Puis vinrent les cours du P. Tillard, dominicain qui m’a enseigné à Ottawa, qui m’a fait découvrir des textes merveilleux de Chrysostome et d’Augustin sur l’eucharistie, qui m’a forcé à penser au Corps ecclésial du Christ, à sa chair dans le monde, à sa chair encore crucifiée aujourd’hui. C’était beau. Cela me permettait de comprendre certaines réactions viscérales envers certaines pratiques eucharistiques dans l’Église. Mais cela restait très théorique encore. Le passage en Afrique du Sud, au Rwanda, l’écoute pastorale d’hommes et de femmes blessés, abusés, violentés me firent sentir, vibrer cette parole sur plusieurs autres registres. Aussi, l’écoute de relations amoureuses réussies donne de la chair à ce « Ceci est mon corps ». Aussi l’écoute de pédophiles ou de leurs victimes qui font crier : mais n’avez-vous pas de respect pour le corps du christ ?
Ce n’est plus une phrase. C’est devenu une invitation « Vois, là est le Christ » ! C’est devenu une incitation à la responsabilité : « Vois – fais voir là le Corps du Christ »… Mais il ne s’agit pas seulement de le voir, il y a à le soutenir, à l’habiller, le nourrir… Cela devient alors l’impératif évangélique : « Vois, fais voir mais aussi aime… » C’est pour moi une joie mais aussi une tristesse. Une joie car il ne manque pas, dans la vie, de ce « corps » du Christ : au détour d’une rue, affaissé sur un trottoir ; dans un entretien ; devant mon miroir… Une tristesse, car je suis souvent démuni devant la chair du Christ : la panser, la respecter ne va pas de soi ! C’est peut-être là la dynamique de la vie chrétienne. C’est peut-être là que la prière et l’espérance peuvent surgir en vérité…

Interview du frère Michel Fontaine

Pour cette quatrième semaine de carême, le frère Michel nous fait suivre jour après jour le parcours de l’aveugle-né guéri par Jésus à distance. Car il s’agit non seulement d’une guérison physique, mais aussi d’un chemin de foi vers le Dieu d’amour. Avec lui, accompagné par le frère Michel, replongeons dans les eaux de notre baptême.

CDLV 2017 - Image Site (Interview Frère Michel Fontaine)Frère Michel, dans tes méditations, tu expliques que Dieu donne une forme de fécondité à l’épreuve de la maladie. Pourrais-tu nous partager une expérience dont tu as été témoin et qui illustre ton propos ?

Je connais une personne depuis fort longtemps qui a été affectée par la maladie du SIDA. Il a développé d’une manière surprenante, un nouveau rapport au monde et aux êtres humains. Il a découvert en lui la place essentielle de la spiritualité dans ce qu’il vit. Depuis cette nouvelle approche de son existence, il est désormais conduit et porté dans tout ce qu’il entreprend. Il y a là pour moi une forme de fécondité dans une vie profondément bouleversée par la maladie, une conscience nouvelle qui ouvre sur « quelque chose de plus grand ». Et ceci fait avancer dans la vie, au travers des épreuves… appelés que nous sommes à toujours grandir en humanité.

Tu as longtemps exercé le métier d’infirmier. Ta foi a-t-elle influencé ta manière de vivre ou de donner des soins ?

Je pense que c’est fondamentalement mon regard sur la personne quelle qu’elle soit, la sachant déjà aimée et reconnue par un Dieu « fragile » et humain, qui se fait tout proche d’elle et de moi, qui m’a porté dans mes activités de soignant. Cette fragilité partagée est en fait le lieu possible de l’accompagnement et du soin authentique.

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Je réalise que pour moi, la dimension de l’Incarnation est essentielle dans mon chemin de foi et de vie. Rien de ce qui constitue véritablement l’homme n’est étranger à Dieu et rien de ce qui constitue le mystère de Dieu n’est étranger à l’être humain.
Cette identité « charnelle » de ce que nous sommes à l’image de Dieu révèle notre dignité d’humain.

Interview des sœurs dominicaines d’Estavayer-le-Lac

Les sœurs moniales d’Estavayer-le-Lac fêtent cette année leur jubilé des 700 ans de présence continue dans leur monastère (cliquer pour visiter leur site internet). Pour cette troisième semaine de carême, elles nous font la joie de méditer avec nous sur l’étonnante rencontre de Jésus avec la femme de Samarie.

asset-version-7d57a635b3-108020Chers sœurs, dans vos méditations, vous parlez des fatigues et des joies de la samaritaine, quelles sont les fatigues et les joies d’une sœur moniale ?

Une moniale partage bien des fatigues communes à tout être humain. Mais comme chacun, elle expérimente que, au-delà des choses à faire (et même une moniale a beaucoup à faire!), ce qui épuise c’est surtout l’éparpillement, et le souci exagéré de ce qui n’est pas l’essentiel. Quand on réussit à garder les yeux tournés vers Dieu qui nous a appelées à nous occuper surtout de lui, alors vient la joie… et bien du repos.

Vous fêtez cette année vos 700 ans de présence continue à Estavayer-le-Lac, y-a-t-il dans votre vie un élément qui demeure et un élément qui a évolué ?

Notre vie de moniales dominicaines est une vie à l’écart pour chercher Dieu ensemble et servir nos frères et sœurs humains par la prière. En sept siècles, le propos n’a pas changé. Cependant, cette prière pour tous se concrétise depuis quelques décennies par une plus grande proximité avec ceux qui fréquentent notre hôtellerie, notre prière liturgique, notre site internet… et aussi avec vous, retraitants de « Carême dans la ville » ! Les contacts particuliers donnent du corps à notre prière qui se veut résolument universelle mais pas désincarnée.

Vous vivez toute l’année, les mêmes sœurs, dans un même lieu, qu’est-ce qui vous permet de faire ensemble un seul « corps » ?

Le Christ, qui est la Tête du Corps. C’est lui qui fait l’unité entre nous…mais pas sans nous ! Notre règle (celle de Saint Augustin) dit : « Pourquoi êtes-vous réunies si ce n’est pour vivre d’un seul cœur et d’une seule âme en Dieu ? » Voilà l’horizon… on avance vers lui par l’écoute mutuelle, la recherche du bien commun, le pardon offert et reçu 77 x 7 fois…au moins !

Interview des frères de Yaoundé

Notre retraite se déplace pour cette deuxième semaine de carême en Afrique, au Cameroun, une terre riche de culture et de peuples traversée parfois de graves conflits. Les frères du couvent de Yaoundé nous partagent leur espérance et leur joie de contempler Jésus transfiguré.  

IMG_5748Frère Lucas, tu t’intéresse à la prédication par les médias, comment t’es venu cette idée ?

Mon intérêt de la prédication par les médias remonte à mes premières années dans l’Ordre notamment au noviciat et au studentat d’Abidjan (Côte d’Ivoire) en voyant certains frères travailler à la radio et surtout à travers l’émission « Jour du Seigneur de France 2 ». Par ailleurs, j’avais découvert les médias comme moyen pouvant véhiculer une culture ou former la conscience droite.  Mon intérêt vient de ce désir de prêcher l’évangile de vie par les moyens modernes.

Au couvent de Yaoundé, il y a des frères étudiants de divers nationalités africaines, comment la communauté arrive à faire corps ?

Le couvent de Yaoundé est un lieu de formation où nous avons des frères originaires d’environ sept pays. Pour nous, la pluralité est vécue à la fois comme richesse et brisure. Richesse parce que nous apprenons dans le contexte qui est le nôtre à accepter l’autre dans sa particularité. La pluralité est également une école qui permet de construire des ponts et de parvenir à l’unité.

Au cours de ta vie, comment a évolué ta compréhension de la parole de Jésus « Ceci est mon corps » ?

Pour moi, cette parole de Jésus faisait référence au pain consacré reçu à la messe. Mais je me suis aperçu qu’il était non seulement question de corps offert gratuitement pour l’humanité mais aussi d’un corps qui s’unit au nôtre pour former un corps saint. Je pense donc que Jésus nous parle aussi de notre propre corps appelé à recevoir les germes divins.