20161108_150256_1478613876473Christian, tu es directeur de la communauté de L’Arche de Wambrechies dans le Nord. Quels sont les grandes étapes de ton parcours personnel ?

J’ai 40 ans, marié et père de 5 enfants Paul, Jean, Baptiste, Louise et Rose. Mon parcours est « classique ». J’ai grandi dans un milieu simple avec une famille aimante. Après mes études, j’ai travaillé dans un cabinet de conseil tout en nourrissant un engagement associatif avec les communautés de Foi & Lumière et une communauté de l’Arche près de Nantes pour un poste de gestion. C’est quelques années plus tard, après avoir été appelé par l’Arche du Sénevé, que j’ai pris conscience que l’Arche était plus qu’un engagement associatif, mais un appel pour moi et ma famille qui allait transformer notre vie.

Il y a 2 ans, on m’a appelé à prendre la responsabilité de la communauté de l’Atre à Wambrechies. Un défi de s’inscrire dans une histoire riche et passionnante, un défi par rapport aux appels du monde d’aujourd’hui.

Comment se caractérise la vie au sein de la communauté ?

La communauté de l’Atre comprend 3 foyers et un centre d’accueil de jour. Il y a 29 personnes adultes avec un handicap mental qui sont accueillies soit en foyer, soit comme externe, soit les deux. Certaines personnes travaillent en ESAT à l’extérieur en journée. C’est un établissement médico-social à part entière

La vie à l’Arche, c’est une vie simple où notre travail consiste à favoriser un climat paisible et d’épanouissement pour chacun. Le handicap pose des limites avec lesquelles nous devons composer. Nous sommes aussi souvent dépassés, et parfois c’est difficile. Surtout de vivre cette impuissance de ne pas avoir réponse à tous les maux, le mal-être physique ou psychique des membres de notre communauté. C’est pourquoi aussi les temps de fête sont si importants car ils sont ce temps de détente, de relations fraternelles intenses, de libération qui nous rappellent que nous ne sommes pas seul.

Dans une communauté de l’Arche, nous accueillons chaque année 6 à 7 jeunes qui viennent vivre une expérience d’une année pour vivre dans les foyers et apporter leur fraicheur de vie. Chacun est accueilli selon sa propre sensibilité religieuse et peut la vivre tel qu’il le souhaite tant que cela est respectueux des autres.

On aime dire aussi que Dieu est au cœur de notre vie en communauté. Des temps de prière et d’eucharistie rythment notre vie ensemble. La foi est vécue de manière simple et autant que possible « accessible ». Les personnes accueillies nous aident à aimer Dieu et à lui parler simplement comme un ami et comme un Père.

Qu’as-tu découvert à L’Arche que tu aimerais communiquer autour de toi ?

La vie en communauté c’est la relation autour de personnes avec handicap mental. Une relation qui nous transforme tous, une relation qui se veut signe qu’il y a beaucoup à s’enrichir mutuellement de nos différences. Il n’y a pas de limite. On peut partager quelques heures de cette vie ensemble et être transformé à jamais, se sentir relié à toute la communauté.

Jean Vanier ose dire que le projet de l’Arche c’est de vivre le royaume de Dieu sur terre malgré toutes nos limites humaines. Et c’est vrai qu’il nous arrive souvent dans des moments anodins ou des temps de fête (les anniversaires) de sentir une vie intense, une présence de Dieu palpable. C’est fou de voir que cette vie est donnée le plus souvent quand nous acceptons une forme de vulnérabilité, de ne pas tout maîtriser, de se laisser faire.

Il n’est pas question de désirer la fragilité, le dénuement mais de la reconnaître dans notre existence et d’y consentir. Avec elle, on découvre son besoin de l’autre et on peut se libérer. C’est exigeant. Les personnes avec un handicap ont un chemin singulier de vie avec la fragilité qui révèle aussi des dons fabuleux. Il nous faut nous mettre à leur école. C’est bon pour nous, c’est bon pour le monde qui nous entoure.

Nous nous préparons à Noël, cette fête a-t-elle pour toi un sens particulier ?

Noël c’est l’accueil de Dieu sauveur dans un dénuement extrême. Les hommes n’avaient pas reconnu en cette famille, en ce petit bébé le sauveur d’Israël, l’envoyé de Dieu. Et même après de nombreux miracles, de nombreuses paroles fortes et vraies il nous est toujours difficile d’y croire. Dieu nous surprend et continue à nous surprendre, ses chemins sont inattendus. Nos vies passent toutes à un moment donné par des chemins inattendus, parfois déstabilisants et éprouvants. Mais nous ne sommes pas seuls. Je souhaite que ce Noël soit une consolation, un encouragement pour tous ceux qui vivent des moments difficiles dont ils ne saisissent pas nécessairement le sens aujourd’hui, je souhaite que ce Noël soit un appel pour tous à nous faire proches les uns des autres. Veillons et soyons attentifs, Dieu est présent dans nos vies, et plus que l’on ne peut y croire.

 

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