Frère Christophe Boureux est le prédicateur de notre première semaine de retraite. Il ouvre pour nous le chemin qui nous conduira à la fête de Noël.

dsc_0088Pour cette première semaine de retraite, tu nous fais entrer chez toi en nous faisant passer par le jardin. On y entre et on y reste un moment ! Dans tes méditations, tu nous rends attentifs au monde créé. Comment t’est venue cette sensibilité particulière à l’écologie ?

Étant d’origine rurale, ce doit être un peu dans mes gènes et ça attendait de ressurgir au bon moment après un détour très théorique en philosophie et en théologie. Le livre de la Genèse dans la Bible nous présente Dieu de manière originelle, à la racine de toute parole, comme établissant un jardin où il nous dit : devenez humain en dépit et contre toutes les formes du mal qui vous déshumanise. Ma réflexion chrétienne sur l’écologie est la conséquence logique de cette exigence d’écouter la parole de Dieu en cherchant à devenir plus humain sur la terre, sur notre planète unique avec toutes les créatures humaines et non humaines qui y habitent. Le jardin est par définition entouré d’une clôture et cela signifie : on ne devient humain qu’avec ses limites : celles de sa personnalité, celles de ses possibilités, celles des personnes et du monde dans lequel nous vivons.

Tu es jardinier ou tu es théologien ?

Les deux ! Effectivement, je partage mon temps et mon énergie entre des activités de paysagiste forestier et puis mes cours et mes travaux de théologie. Le jardinage est pour moi la réponse concrète à la conviction que si on ne pratique pas régulièrement une activité manuelle ou physique qui nous met en contact, en dialogue, avec les choses matérielles, on perd une part importante de sa capacité d’humanisation. C’est le va-et-vient entre l’étude dans les livres et avec les étudiants et puis, d’autre part, la pensée avec les choses, le bois, la débroussailleuse, les bûcherons qui me paraît utile et réaliste. C’est évident pour beaucoup de gens quand on fait le ménage ou la cuisine, mais il faut mettre en évidence et goûter la dimension spirituelle et humanisante de ces activités trop souvent bêtement méprisées.

Tu as publié un livre dont le titre est « Dieu est aussi jardinier. La Création, une écologie accomplie »(Cerf, 304 p.). La figure du Christ a une place importante dans ton ouvrage. Cette fête de Noël qui approche nous aide-t-elle selon toi à voir le monde autrement ?

Oui, je suis convaincu que nous n’avons pas encore mesuré toute la portée de la figure du Christ Jésus pour comprendre comment nous, les chrétiens, nous affirmons que le monde, l’univers est une création. Nous en restons trop souvent à un Dieu lointain et fabricateur. Le Christ « premier-né de toute créature » comme dit saint Paul, est le modèle de notre relation à Dieu, ça, c’est évident ; de notre relation aux autres, on en est facilement convaincu et on s’y efforce sans cesse avec la grâce de Dieu ; de notre relation à nous-mêmes, il est bon que la psychologie nous le rappelle et nous guide ; et enfin aux autres créatures non humaines, ce qui reste encore beaucoup à découvrir. Cette dernière des quatre relations que le pape François dans Laudato si’ a empruntées à saint François d’Assise, est celle que nous cherchons à creuser avec mes collègues de la Chaire Jean Bastaire qui propose une réflexion chrétienne sur l’écologie. Pour moi, le Christ Jésus nous entraîne à considérer toute créature comme notre prochain, c’est-à-dire à être en responsabilité et en échange avec toutes les créatures. Le dialogue entre les anges, les moutons, l’âne et le bœuf dans la crèche de Noël en constitue une belle invitation.