Frère Jean-François Bour, du couvent de Tours, est le troisième prédicateur de notre retraite. Avec lui, la venue de Dieu ne fait pas de nous des passifs -inactifs. C’est le message qu’il veut nous transmettre. En venant parmi nous, Dieu nous transforme en ses collaborateurs.

dsc_0065Frère Jean-François, après un long passage en terre musulmane tu vis à nouveau en France. Pourrais-tu nous retracer les grandes étapes de ton parcours ?

Je suis né en Lorraine en 1970 dans une famille de tradition rurale et ouvrière. Au cours de mes années d’études en sciences politiques à Strasbourg, j’ai mieux découvert l’ordre des dominicains. Leur synthèse des dimensions contemplative, intellectuelle et apostolique m’attirait énormément et j’avais une grande soif d’annoncer l’Évangile. Étant donné que j’ai fait 2 années de coopération en Égypte après le noviciat, le provincial de l’époque m’a tout naturellement demandé si j’acceptais de me préparer à y vivre. L’Égypte m’avait beaucoup marqué, séduit même, et j’ai répondu oui joyeusement. Avec d’autres frères, nous avons donc commencé à apprendre l’arabe, d’abord en France puis en Égypte carrément. Cet apprentissage de la langue et l’immersion en Égypte ensuite, car j’y fus assigné, m’ont passionné. Au Caire, dans l’Institut dominicain d’études orientales, il s’agissait de rencontrer les gens dans leur diversité, de poursuivre le travail de nos prédécesseurs et de continuer à étudier la pensée musulmane en la regardant de l’intérieur et pour elle-même. Avec la vie quotidienne en communauté, je m’investissais surtout dans deux champs, l’édition régulière de la revue de recherche de l’Institut et l’enseignement dans un centre de formation de l’Église copte catholique. En 2008, je suis rentré en France et j’ai alors été recruté par le service national de l’épiscopat pour les relations avec les musulmans. Je travaille également pour promouvoir les relations interreligieuses dans mon diocèse à Tours.

Cet investissement en faveur des relations avec les musulmans influence-t-il ta manière de prêcher l’Évangile ?

 Disons que cela m’a rendu attentif à plusieurs choses : d’abord que le Salut peut se comprendre comme une relation, une guérison des relations, le mystère d’une communion qu’il s’agit à la fois de guetter, de recevoir et de vivre même quand c’est laborieux.

J’ai été profondément touché aussi par ce que j’appellerais l’universelle beauté de l’humanité. À travers des cultures tellement différentes, des langues si variées, des religions vraiment multiples, l’être humain se révèle d’une exceptionnelle profondeur, capable d’amour, d’amitié, de grandeur, de beauté.

De mes parents, j’avais déjà reçu un regard avant tout positif sur les personnes. Notre père saint Dominique et mes frères dominicains ont incarné ce regard. Ma vie égyptienne l’a décuplé.

Devant les difficultés actuelles et l’état du monde, je veux persévérer, regarder toute personne avec ce regard-là, oser la confiance.

Dans tes méditations que nous allons découvrir, tu insistes sur le thème du monde à construire, c’est un beau thème pour nous préparer à Noël. Quelle est la place de l’enfant de la crèche dans ce monde à venir ?

L’enfant de la crèche met devant nos yeux d’abord tous les enfants à qui nous devons léguer un monde vivable. Je ne sais pas si nous mesurons à quel point Jésus, né petit enfant parmi nous, nous place devant nos responsabilités.

Le petit enfant de la crèche met aussi en lumière bien des dysfonctionnements de la communauté humaine, bien des scandales. Devant ce petit enfant, on mesure mieux encore l’horreur qui se produit, violences, magouilles, soif de pouvoir, discours mensonger, démission et indifférence là où il faudrait faire face. Lumière difficile à supporter peut-être, mais combien salutaire. Ce petit enfant est une lumière dans le chantier du monde, regard lumineux qui croit en l’homme : il remet chacun à sa place et il rend nos cœurs enfin féconds.

Qu’est-ce qui t’a poussé à développer ce thème durant cette retraite ?

 Je porte ce thème en moi depuis très longtemps. Ma conviction est que, pour le christianisme, Dieu remet vraiment l’homme dans la pleine conscience de sa vocation, le rend capable d’assumer un rôle qu’il a voulu lui confier au commencement du monde. Il fait de nous plus que des partenaires en réalité, je suis persuadé qu’il nous veut complices de son projet d’amour et de paix, et il attend notre contribution, notre inventivité, sans aucun doute.